Celle qui a renoncé : reprendre soin de soi
- coquetance
- 12 août
- 6 min de lecture
Elle n'a jamais pris la décision. C'est ce qu'il faut comprendre en premier. Aucun matin ne s'est levé où elle se serait dit : à partir d'aujourd'hui, j'arrête de prendre soin de moi. Cela s'est fait autrement — par petites soustractions, si discrètes qu'aucune n'a mérité qu'on s'y arrête.
Un rendez-vous chez la coiffeuse repoussé parce que la semaine était chargée. Puis repoussé encore. Une crème terminée qu'on ne rachète pas tout de suite. Un parfum qu'on garde « pour les occasions », et des occasions qui ne viennent plus. Des tenues qu'on regarde dans l'armoire en se disant : pour quoi faire ?
Et un jour, sans qu'aucune date ne puisse être posée dessus, elle se rend compte que cela fait des mois. Peut-être des années. Alors elle se donne une explication, et cette explication a le mérite d'être courte : il n'en vaut pas la peine.

Ce qui ressemble à de la lucidité
Il faut reconnaître à cette phrase une forme de courage. Elle dit une vérité que beaucoup de femmes n'osent pas formuler : qu'elles ont cessé d'être regardées, et qu'elles le savent.
Elle dit aussi qu'un effort sans retour finit par coûter. Se préparer pour quelqu'un qui ne lève pas les yeux, choisir une tenue que personne ne commentera, mettre un parfum que personne ne remarquera — cela use. Ce n'est pas de la paresse. C'est de la fatigue, la vraie, celle qui vient d'avoir donné dans le vide. Celle qui a renoncé : reprendre soin de soi
Alors on arrête. Et cela ressemble à de la lucidité : je ne gaspille plus mon énergie là où elle ne sert à rien. Sauf qu'une hypothèse s'est glissée dans le raisonnement, et personne ne l'a jamais interrogée.
L'erreur de destinataire
L'hypothèse est celle-ci : que ta beauté lui était adressée.
Qu'elle lui appartenait, en quelque sorte. Qu'elle existait pour lui — pour être vue par lui, appréciée par lui, méritée auprès de lui. Et donc, qu'en la retirant, tu lui reprends quelque chose.
Mais il ne remarque rien. C'est la partie la plus difficile à entendre. L'homme qui ne regardait déjà plus ne s'aperçoit pas qu'il y a désormais moins à regarder. La punition n'atteint jamais son destinataire. Elle reste en chemin.
Elle reste sur toi. Sur la femme que tu croises chaque matin dans le miroir de la salle de bain, et qui te renvoie, jour après jour, une image un peu plus négligée. Sur celle qui ouvre l'armoire et ne voit plus rien qui lui ressemble. Sur celle qui a fini par croire que c'est ça, elle, désormais.
Ta beauté ne s'est jamais méritée par un homme.Elle t'a été confiée, à toi.
LA MAISON COQUETANCE
C'est une erreur de destinataire. Tu as cru envoyer un message à quelqu'un ; tu ne l'as jamais envoyé qu'à toi-même. Et tu le reçois chaque jour, en silence, sans que personne d'autre ne le lise.

Le bouclier de la carrière
Certaines répondront qu'elles n'ont pas besoin de tout cela. Qu'elles ont réussi ailleurs, et que c'est bien suffisant.
Et c'est vrai. Le diplôme est réel, le poste est réel, l'équipe qu'elles dirigent est réelle, les chiffres qu'elles présentent sont réels. Personne ne peut le leur enlever. C'est même souvent la première chose qu'elles disent quand on leur demande comment elles vont : elles répondent par ce qu'elles font.
Mais la réussite professionnelle est un abri, pas une maison. On y trouve des preuves — de compétence, de valeur, de sérieux. On n'y trouve pas de repos. On ne se repose pas dans un CV. On ne s'habille pas d'un titre. Et aucune promotion n'a jamais réparé une femme qui a cessé de se regarder avec considération.
Ta carrière prouve ta réussite — sur un seul volet de ta vie. Il en reste plusieurs autres, et l'un d'eux est la relation que tu entretiens avec la femme que tu es. Celle-là, aucun employeur ne l'évalue. Personne ne te demandera jamais de comptes dessus. C'est bien pour ça qu'elle peut se dégrader pendant des années sans qu'aucune alerte ne sonne.
Ce que le corps enregistre
Le corps apprend de ce qu'on lui fait, comme un enfant apprend du ton avec lequel on lui parle.
Une femme qui cesse d'en prendre soin ne devient pas seulement moins soignée. Elle s'enseigne quelque chose, geste après geste : que l'attention qu'elle donne à tous les autres, elle ne se la doit pas à elle-même.
Elle prépare des repas équilibrés pour ses enfants et mange debout, ce qui reste
Elle choisit les vêtements de toute la maison, et porte les siens jusqu'à l'usure
Elle veille sur la santé de chacun et repousse ses propres rendez-vous
Elle écoute tout le monde, et n'a raconté sa journée à personne depuis longtemps
Vu de l'extérieur, cela s'appelle du dévouement, et on l'en félicite. Vu de l'intérieur, c'est une disparition lente. Personne ne la remarque — pas même elle, jusqu'au jour où une photo, un miroir d'ascenseur ou une remarque anodine la met soudain face à ce qu'elle est devenue sans l'avoir voulu.
LE FONDEMENT
« Et Il a mis entre vous affection et sakina. »
Ar-Rum, 30:21
Ce que tu n'as pas le droit de négliger
Chez Coquetance, l'ordre ne s'inverse jamais : la sakina d'abord, l'élégance ensuite. Ce n'est pas une préférence de style, c'est un fondement. Ce qui se répare à l'intérieur commande ce qui se voit à l'extérieur — jamais l'inverse.
Et à l'intérieur, il y a ceci : ton corps ne t'appartient pas au sens où tu pourrais en faire n'importe quoi. Il t'a été confié. C'est une amâna — un dépôt. Tu n'en réponds pas devant ton mari, ni devant ta belle-famille, ni devant les femmes de ton entourage qui commentent. Tu en réponds devant Celui qui te l'a donné.
Cela change tout. Parce que si ta beauté était une monnaie d'échange conjugale, alors oui : quand l'échange s'arrête, la monnaie ne vaut plus rien. Mais si elle est un dépôt, elle ne dépend d'aucun regard. Elle t'oblige même quand personne ne regarde. Surtout quand personne ne regarde.
Prendre soin de toi cesse alors d'être une question de séduction. Cela devient une question de fidélité — à ce qui t'a été confié.
Revenir n'est pas pardonner
Il faut le dire clairement, parce que c'est souvent là que la résistance se loge : revenir à toi ne signifie pas que tu lui donnes raison.
Cela ne veut pas dire que ce qui s'est passé n'a pas eu lieu. Cela ne veut pas dire que tu recommences à te préparer pour lui, ni que tu attends qu'il remarque. Cela ne règle rien de ce qui est cassé — et ce n'est pas le rôle d'une crème hydratante de réparer un mariage.
Cela veut dire une seule chose : que tu refuses de rester la victime collatérale d'une situation dont tu n'es pas responsable. Que sa manière de te regarder ne décidera pas de la manière dont tu te regardes.
Beaucoup de femmes attendent que la situation change pour recommencer à se choisir. Elles attendent qu'il redevienne attentionné, que les enfants grandissent, que la période difficile passe. Mais on ne se retrouve pas après. On se retrouve pendant. C'est précisément quand tout pèse que le rituel devient un acte de résistance.
Commencer petit, et tenir
Ne commence pas grand. Les grandes résolutions sont faites pour être abandonnées le troisième jour, et chaque abandon ajoute une couche de culpabilité à une femme qui n'en a pas besoin.
Commence par un verre d'eau chaude avant tout le reste, demain matin. Par une crème appliquée avec douceur au lieu d'être étalée à la hâte. Par un parfum mis un jour où tu ne sors pas, où personne ne viendra, où rien n'est prévu.
Ce jour-là, quelque chose se dira sans mots : que tu vaux le geste même sans témoin. C'est court, c'est presque rien, et c'est exactement là que tout recommence.
Le reste suivra — la peau, les cheveux, la tenue, la posture, la manière dont tu entres dans une pièce. Mais rien de tout cela ne tient si le premier geste n'a pas été posé pour la bonne raison. Pas pour être regardée. Parce que tu t'appartiens, et que ce qui t'a été confié mérite ta considération.
Tu n'as pas besoin d'être sauvée. Tu as besoin de revenir




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